Votre waifu existe peut être en 3D ? Introduction au Kigurumi

C’est l’heure de faire craquer mes petits doigts pour vous proposer un sujet difficile à aborder : aujourd’hui, c’est Kigurumi. Et pas la peine de sortir votre pyjama pikachu, je ne parle pas de vêtements en feutrine so kawai mais bien d’une pratique costumée nippone qui commence se faire connaître aux alentours de 2005.

La pratique du Kigurumi (着ぐるみ) consiste à s’habiller de la tête aux pieds avec un hadatai (une combinaison intégrale recouvrant la peau) et un masque pour se costumer en un personnage : animal, robot, et bien évidemment humanoïde qui est spécifiquement appelé animegao ; ce qui nous intéresse ici.

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Cette pratique consiste à se déguiser en son personnage favori pour en faire paraître la pureté ; les jeunes filles aux culottes blanches qui respirent la chasteté, la joie de vivre et la virginité, ce critère de beauté propre aux japonais comme j’en parlais déjà dans mon article sur les jampes nippones. Tout naturellement, la pornographie sur le sujet n’est pas censée exister.

Il existe cependant de nombreuses règles sur le web et comme vous vous en doutez, rien ne reste bien pur sur les internets. Après tout, la pureté enfantine étant déjà un critère d’excitation chez certains japonais, il suffisait de pousser le vice un peu plus loin ; les photos érotiques, par exemple. On trouve assez facilement des images de Kigurumi portant des sous-vêtements ou bikinis dans des poses plus ou moins suggestives. Eh ! C’est pas du porno. Pas encore.

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Il suffisait de creuser un peu plus pour trouver des DVDs de Kigurumi où l’exhibition va encore plus loin ; toujours plus profond, jusqu’au bout du tunnel ! Bien évidemment, la plupart du temps, il ne s’agit pas de montrer des animegao avec des paillettes et des petits oiseaux. Ici, on est plus lingerie et regards larmoyants – so moe ! – dont les titres laissent présager du genre cinématographique ; comme Angelic Afternoon. En revanche, les chances pour que cet érotisme avancé passe du côté hardcore sont assez faibles ; tout le jeu du Kigurumi se base sur le costume et le fait d’effacer tout ce qui est « humain », sans oublier que le principe même de cette pratique est d’être attiré par quelque chose d’intouchable. Il existe bien sûr des solutions vidéoludiques, comme des faux vagins, des sex-toy ou pénis en plastique pour éviter d’amener de l’organique dans cette joyeuse fête ; mais c’est une déviation plus rare et plus difficile à mettre en oeuvre, en plus de dénaturer l’essence même du Kigurumi.

DVD avec 3CDs, carrément !
DVD avec 3CDs, carrément !

Et là, normalement, vous vous demandez : « Mais… pourquoi tout ça ? ». Bah oui, tiens, pourquoi est-ce que les gens font ce genre de choses ?

Un fantasme sous le costume

Revenons au point de départ. Le Kigurumi consiste donc à se déguiser en personnages de manière intégrale. Il existe aussi, sans surprise, des personnages originaux ; ce qui nous amène à la piste du jeu de rôle. Ce n’est, en soi, pas si éloigné du cosplay : on joue un personnage qu’on apprécie, on se prend en photo dans des situations amusantes et on partage sur le net.

Neko, webmaster du site yumekuri.nobody avoue avoir rêvé de s’habiller en Kigurumi depuis le jardin d’enfants. Sur le net, on trouve facilement tutoriels et astuces, comme pour créer ses propres masques. C’est en fouillant un peu qu’on découvre que 98% de ces cosplayeurs sont des hommes. On y apprend aussi que la plupart des fans préfèrent que ce soit justement des hommes et non des femmes qui portent des Kigurumi, ou encore que ces mêmes costumés aiment se sentir désirables.

Oui, c'est un homme
Oui, c’est un homme.
Oui, toujours un homme !
Oui, toujours un homme !

On arrive à la limite du darkweb, messieurs dames.
Ces hommes qui revêtissent l’espace de quelques heures une combinaison intégrale pour incarner leur personnage préféré finissent souvent par apprendre à s’aimer dans cette nouvelle identité – et découvrent par le même biais que sur internet, ils peuvent ainsi se faire désirer en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. Pourtant, d’un côté comme de l’autre, on a bien affaire à des hétérosexuels.

Mais au final, qui sommes-nous pour le juger ? Peux-t-on reprocher à un individu de se travestir ou se costumer si cela peut lui permettre de s’affirmer, de se sentir aimé ? Ce qui est malsain tend plus à l’idée de prendre volontairement des photos osées dans l’idée de plaire et d’espérer qu’un maximum de personnes pourront fantasmer, et même galvaniser les escalopes en les regardant. On est pourtant pas si éloignés de n’importe quelle pratique érotique ; quelle différence avec Playboy si ce ne sont les costumes ?

A moins d’être rebuté par ce simple fait, d’où vient la gêne, alors ?

Un malaise pour les non-initiés

Généralement, les premières réactions sont une gêne, un embarras, voire un dégoût envers des photos démontrant des Kigurumi. Pourquoi donc ? Ce n’est tout au plus qu’un homme ou une femme déguisé.

On touche à la « vallée dérangeante ». Cette théorie a été initiée et démontrée par un roboticien japonais (tiens donc), Masahiro Mori : elle consiste, en résumé, à expliquer que plus un robot est similaire à un Homme, plus ses imperfections paraissent monstrueuses ; sa perfection dérange tout autant que chaque détail n’étant pas humain. Ce phénomène touche aussi les poupées, et bien évidemment, les Kigurumi qui ne sont rien d’autres que des gens se déguisant en marionnettes géantes. Les masques représentent une émotion inchangée, figée ; le corps pourtant s’articule et change de pose. Ce contraste génère la plupart du temps un malaise : on est face à un être que l’on ne peut pas lire, un individu qui cherche à être plus parfait que soi et qui, pourtant, a perdu de nombreuses caractéristiques physiques humaines.

Un animegao robosexual, hell yeah !
Un animegao robosexual, hell yeah !

Le terme de « vallée » est utilisé pour expliquer la limite à franchir ; lorsque la perfection est suffisamment élevée, les humanoïdes sont plus facilement acceptés. Cela rejoint directement le critère 3D des otakus borderline qui vont préférer un personnage d’anime féminin à une vraie jeune fille ; dans un sens totalement inverse, moins elle ressemblera à quelque chose d’humain, plus elle sera attirante. C’est une affaire de perception plus que de tolérance et d’ouverture.

Pour conclure

Au-delà du bon et du mauvais, la pratique du Kigurumi est avant tout une passion qui rend heureux les individus se costumant. Des puristes (il faut rester chaste et intouchable !) aux plus hardcore (porno no matter what !), il y en a pour tous les goûts ; et il existe même des professionnels, comme Nasuka Yumekiri, guide dans le quartier Akihabara de Tokyo.

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Que l’on aime ou non l’animegao, on peut tout de même saluer les nombreux efforts des personnes créant les costumes : au même titre que le cosplay, cela demande du temps et de l’argent ; un costume raisonnable allant de 925 à 1845 euros en moyenne ! Sans oublier la prise de photo et les masques à faire soi-même, le Kigurimi ne résume pas à de simples photographies érotiques.

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Crédit photos : kigurumirailway.blog133.fc2.comkigurumi-ska.com, eiyuclub, ikehival
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