Shinigami no Kiss wa Wakare no Aji

Alors bande de cochons, vous pensez que je vais encore vous présenter l’eroge du siècle ? Eh bien non ! Parfois, on tombe sur des jeux moins bien que d’autres, et en voici un : Shinigami no Kiss wa Wakare no Ajile baiser d’un Shinigami a le goût d’un au-revoir »), sorti pour la première fois en 2009 et édité par ALcot – un studio que vous allez aimer si vous êtes plutôt du genre Imouto (petite sœur – oui c’est pervers et malsain).

Posons le décor

Ici, on incarne Amamiya Makoto, un lycéen qui vit son quotidien comme un mort-vivant : il n’éprouve en effet aucun plaisir à vivre depuis dix ans, date à laquelle son amour d’enfance est décédé. Tout de suite, ça met bien le ton, n’est-ce pas ? Youhou, sortez les licornes et les paillettes, il y a de l’ambiance par ici ! Un jour, Makoto tombe nez à nez avec une fille qu’il est le seul à voir et entendre. « Tu peux me voir ? Oh, tu vas bientôt mourir, alors. » Une merveilleuse manière de se faire des amis. Et ainsi commence l’aventure du jeune garçon.
Aventure est cependant un bien grand mot : on ne peut pas dire que ça bouge beaucoup, là-dedans. Le quotidien du protagoniste est morne, et son manque de joie de vivre impacte le jeu, qui est long, lourd, presque dépressif. Parfois, on a envie de lui mettre un bon coup d’arpion dans les fesses et de lui dire « bon tu te bouges ou je me fais ta sœur à ta place ? ». Ah, oui, j’avais oublié de préciser l’important : les jeunes demoiselles à séduire. Là encore, séduire est une hyperbole : après quelques heures de jeu, vous aurez un choix qui déterminera si vous allez tomber amoureux d’Honoka, camarade de classe ressemblant à votre amie d’enfance, ou Shizuku, votre demi-sœur. Si vous terminez les deux routes, vous débloquerez Kohaku, la Shinigami loli et kuudere (terme désignant un personnage froid, franc et cynique).
Ce qui nous amène à un malheureux total de trois filles déblocables… Sans aucun choix à faire.

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Le thème principal de ce visual novel, c’est la mort. Et quand bien même il n’y a aucun jeu de rôle là-dedans, le manque de décision est dommage : le scénario aurait eu plus d’intérêt si nos actions pouvaient sauver ou à l’inverse condamner le personnage aimé. Mais non : à la place, on a un scénario long, lent, et surtout énormément prévisible. Qu’est-ce que c’est frustrant ! A chaque rebondissement de l’histoire, vous contemplerez votre écran d’un air blasé en balbutiant un « ouais, ouah, quelle surprise, vraiment… ». Pire encore ! Les deux premiers chemins empruntent exactement le même schéma scénaristique : introduction – « je suis peut être amoureux » – scène de fesse – « sinon je t’ai dis que j’arrive à oublier mon premier amour grâce à ta paire de seins ? » – scène de fesse – « oh mon dieu, l’amour de ma vie va mourir ! »- scène de fesse – dénouement et happy end, personne ne meurt et on ne sait absolument pas pourquoi. Vraiment, quel chef d’œuvre. Et ne vous offusquez pas face à ma superbe révélation : savoir que personne ne meurt n’est absolument pas une surprise lorsque l’on joue au jeu et ce, dès les premières minutes. Aucun enjeu, aucune claque dans la figure, rien. Heureusement que l’écriture est jolie et suffisamment lyrique pour être agréable à la lecture.
De plus, comme dit précédemment, le seul choix consistera à choisir sa camarade ou sa petite sœur comme compagne : autant dire une question totalement inutile. D’autant plus que la route de Kohaku n’apporte rien à l’histoire : en effet, en commençant une nouvelle partie un menu apparaîtra en vous donnant le choix de suivre la route de Shizuku/Honoka ou celle de Kohaku.

Palette de l’artiste

Qui dit visual novel dit visuel : c’est une part importante d’un jeu. Les décors, le charadesign, l’ambiance… Ou le néant… Bon, ne soyons pas trop mauvaise langue : déjà, c’est propre et soigné, bien dessiné. Les illustrateurs savent faire leur travail, et c’est un plus. Cependant, un peu comme le scénario et le gameplay, l’absence de profondeur est décevante. C’est à se demander si le studio est composé d’une bande de feignants ou pas : trois uniques personnages, et seulement deux tenues pour chaque, sérieusement ? Ah, non : Kohaku n’en a qu’une seule, la seconde est présente uniquement dans un CG (computer graphics) et non sur un chara classique. Bon, je râle, mais il y a pas mal de CG et ça, c’est assez plaisant ; Shizuku et Honoka disposent d’un nombre quasi égal d’illustrations : la moitié d’ambiance, l’autre moitié de contenu sexuel, et leur dérivés évidemment (expressions du visage, culotte, pas de culotte…). Kohaku bénéficiant de la true end, plus d’images sont à son effigie. Au total, quarante-sept illustrations, mention spéciale lolicon, parce que oui, il y en a plus que tout le reste (Japon oblige).
En revanche, de nouveau, le studio ne fait pas très sérieux quand on se rend compte des faux raccords… Sur la même scène, Kohaku a les cheveux attachés en couettes, et paf, l’image suivante, ils sont détachés, alors que le texte ne mentionne rien de tel, avant d’apparaître à nouveaux attachés sur l’illustration suivante. De même, on a parfois l’impression que l’illustrateur n’a pas été le même d’un visage à un autre.
En gros, un travail illustratif qui aurait pu être très bon, mais qui sera seulement moyen et inconsistant.

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Du côté sonore, on a des pistes assez classiques, pas très inventives mais réussies et plaisantes ; les musiques dramatiques sont bien réalisées, utilisant le piano à outrance pour renforcer le côté triste de l’histoire. Ce qui permet aussi de garder une ligne sonore directrice grâce à un instrument star sur chaque piste – au risque d’être banalisé.
Les doubleurs font bien leur travail, c’est joliment joué et pas surjoué, ce qui vaut d’être souligné. L’ensemble du casting a travaillé sur des titres moyennement connus ou des personnages secondaires sur des gros titres (comme Fullmetal Alchemist, Fairytail, Yosuga no Sora, Idolm@ster…). Ils ont en outre assez de bouteille pour être des pros sachant faire leur boulot.

Conclusion

Ce jeu, cette histoire, c’est cracher sur tous les écrivains et scénaristes de ce monde et vomir joyeusement sur la tête des joueurs. Qu’on se le dise : ce n’est pas un jeu fait uniquement pour les pervers ; on est quand même loin de Boin et sa couverture révélatrice. Non, le boîtier nous vend du rêve, le résumé donne envie, le jeu se veut scénaristique avant tout et ne remplit pas sa tâche ; quand bien même il satisfera très bien la libido de chacun. C’est, pour conclure, un horrible mensonge bordé de faux sentimentalisme, à jouer uniquement en cas d’ennui profond.

Article rédigé pour le Mag'zine n°12 - mai 2015
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